Maisons de la rue Girouard (8)
Maison Samuel Casavant


Par France Labossière
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 10 décembre 2009


Maison Samuel Casavant


Construite pour l’industriel Samuel Casavant, la maison sise au 719 rue Girouard est un exemple très représentatif d’un style en vogue aux États-Unis au XIXe siècle et qui se nomme le «Victorian Stick Style». Ce style, peu répandu, qui fait le pont entre le style néo-gothique des années 1840-1850, et l’exubérant style Queen Anne populaire dans les années 1880-1890, est caractérisé principalement par l’utilisation exclusive du bois comme matériau de construction, les murs extérieurs étant recouverts de colombages décoratifs, de couleur blanche dans le cas présent, ceinturant du bardeau de couleur foncée aux motifs variés : déclin horizontal comme on peut voir au rez-de-chaussée, en motif d’écailles de poisson comme à l’étage, ou en diagonale comme aux pignons.


Les maisons de style «Stick Style» ont habituellement plusieurs étages, des fenêtres hautes et parfois, comme c’est le cas ici, une tour carrée surmontée d’un toit pyramidal. Ces éléments accentuent la verticalité de l’ensemble qui a une forme en général assez complexe mais très rectiligne, la seule courbe étant limitée au porche d’entrée qui est surmonté d’un fronton classique et qui lie l’avant et le côté de la maison sur lesquels on note la présence de bay-windows surmontés de corniches débordantes sobrement décorées. Une photo ancienne nous permet de visualiser l’aspect de la maison au début du XXe siècle et de constater qu’elle a très bien conservé ses caractéristiques d’origine.


Monsieur Casavant achète, comme indiqué au contrat de vente en date du 17 décembre 1894, le terrain sur lequel il fera ériger l’année suivante la demeure : «…Monsieur Féodor Boas manufacturier, et Joseph Nault registrateur, tous deux de la Cité de St-Hyacinthe, lesquels ont reconnu et confessé, par ces présentes, avoir vendu, avec garantie de droit à Samuel Casavant manufacturier d’orgues, de la paroisse de St-Hyacinthe le Confesseur… : un lopin de terre sis en la cité de St-Hyacinthe de 75 pieds de front sur 126 pieds de profondeur..lequel terrain étant partie du lot connu et désigné aux plans…sous le numéro 676, sans bâtisse.»


Fait intéressant, le contrat indique la clause suivante : « les lots avoisinants le terrain vendu ne seront jamais concédés par les vendeurs à qui ils appartiennent actuellement pour être occupés comme boucherie, tannerie, savonnerie, usine à gaz ou tous autres établissements manufacturiers pouvant être considérés comme une nuisance à l’immeuble vendu. L’acquéreur sera soumis à la même obligation que dit ci-dessus pour les dites nuisances.» Cette clause illustre bien la volonté des nouveaux propriétaires de préserver la beauté pittoresque du site encore à l’état naturel, reflet d’un mouvement prônant les bienfaits de la vie à la campagne.


La maison sera érigée en 1895, entre la date d’achat du terrain indiquée précédemment, et le 23 octobre 1895, date à laquelle monsieur Casavant, par contrat notarié, reconnaît devoir une somme d’argent et hypothèque en faveur de la créancière Dame Virginie Bourgeois, épouse judiciairement séparée de biens de monsieur Charles Ledoux bourgeois du même lieu, «un terrain…avec les bâtisses dessus érigées.»


Au décès de monsieur Casavant en 1929, la maison sera léguée à ses trois enfants légataires universels soit Juliette, Aristide et Rachel. C’est Aristide, également «facteur d’orgues demeurant en la cité de St-Hyacinthe» qui en deviendra d’abord propriétaire et qui vendra l’immeuble par la suite à son beau-frère Paul Laframboise, époux de Rachel Casavant, le 2 janvier 1932.


La maison Samuel Casavant est donc un témoin encore vivant d’un pan d’histoire et d’une figure importante de la municipalité. En effet, monsieur Casavant, né le 4 avril 1859 et fondateur, avec son frère Claver, de la Maison Casavant Frères en 1879 a développé, après des études en Europe, une des industries maskoutaines les plus importantes encore en activité aujourd’hui, reconnue internationalement et toujours située sur la rue Girouard.


Samuel Casavant, en plus de léguer une industrie des plus florissantes, s’impliqua activement dans la politique municipale. En effet, il fut échevin de 1904 à 1910, occupa les postes de commissaire d’école de 1898 à 1912 et de président de la Commission scolaire de 1912 à 1929. Il fut également directeur local de l’École des Arts et Métiers en plus de siéger au Conseil des Arts.


Outre la Maison Casavant, Saint-Hyacinthe a aussi donné naissance au fil des ans à d’autres industries du domaine de la fabrication d’orgues : la fabrique de Joseph Casavant, père des frères Casavant qui fabriqua son premier instrument en 1837 et qui céda son entreprise à l’un de ses apprentis Eusèbe Brodeur, en activité jusqu’en 1905 ; la Compagnie d’Orgues canadiennes de 1910 à 1931 ; les Orgues O. Jacques de 1938 à 1944 ; les Orgues Providence de 1946 à 1978 ; les orgues Létourneau ltée.


Photos:
Maison Samuel Casavant le 719, rue Girouard Ouest.
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH379 Claire Lachance, vers 1910.
France Labossière 2009.


Cet article est le huitième d'une longue série.


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