Napoléon Bourassa et ses réalisations
à Saint-Hyacinthe (2)


Par Jean-Noël Dion
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 25 mars 1981


Le portrait
Napoléon Bourassa a exécuté au-delà d’une cinquantaine de portraits. Il avait appris de Théophile Hamel comment les structurer et les composer. C’est d’ailleurs ce qu’il a
réussi de mieux après ses dessins, à comparer à ses peintures religieuses qui ne sont pas tout à fait adaptées au milieu québécois, toutes influencées par les styles européens en vogue à l’époque qui prônaient le retour à un certain classicisme.


On sait que le peintre n’aimait pas exécuter le portrait. Pour lui, l’Art est facteur d’idées, d’imagination. Copier la réalité, donner la ressemblance aux visages lui semble davantage contraignant. Pourtant, c’est bien dans ses portraits qu’il donne sa mesure. Il ne recule pas devant les audaces de pinceau, ni devant les tons crus. Derrière l’enveloppe humaine, il cherche l’âme de ses modèles et parfois il la trouve ». (1)


Bourassa savait donc donner aux personnalités qu’il peignait de la couleur, des accents, un tempérament même, choses qu’il parvenait difficilement à transmettre au niveau de ses murales.


L’artiste a évidemment peint les membres de sa famille et de celle de son épouse. La majorité des personnalités qu’il peint sont des parents et des amis. Son mariage avec Azélie Papineau lui apporta la chance de voir agrandir ses relations et en conséquence de voir affluer un plus grand nombre de commandes de la part de cette bourgeoisie.


Les portraits à Saint-Hyacinthe
C’est à l’hiver 1867-68 qu’on retrouve l’artiste à Saint-Hyacinthe pour faire une étonnante série de portraits. Probablement, le troisième évêque de Saint-Hyacinthe, Mgr Charles Larocque, avait-il demandé à son ami Bourassa de venir exécuter ce travail. Mgr Larocque connaissait bien le peintre. Le prêtre fut curé de l’Acadie de 1840 à 1844, le village natal de l’artiste et n’est-ce pas cet homme qui alla convaincre les parents de Napoléon afin qu’ils défrayent le coût de son voyage en Europe. Aussi, n’est-ce pas Mgr Larocque qui fit probablement transmettre à Bourassa, alors à Rome, l’adresse d’Overbeck, peintre mystique, que l’ecclésiastique avait rencontré personnellement et que Bourassa voulait rencontrer à son tour, le qualifiant d’un des plus grands peintres religieux du temps.


L’évêque devait donc avoir beaucoup de considération envers Bourassa, il l’encourage à peindre en lui passant une importante commande.


Le nombre de tableaux que Bourassa a pu réaliser à Saint-Hyacinthe est difficile à déterminer. Lui-même dans une des lettres qu’il envoie à sa femme alors qu’il était dans la petite ville, parle de 28 portraits (2). Les catalogues de Roger Lemoine et celui d’Anne Bourassa en retracent une quinzaine.


Mentionnons ici que l’artiste a du exécuter des copies de ses portraits à la demande de diverses institutions. On compte par exemple trois copies de Mgr C. Larocque, deux de J. Larocque, ce qui réduit le nombre réel des originaux. Des recherches subséquentes pourraient en dévoiler davantage à ce sujet.


À Saint-Hyacinthe, l’artiste réalise les portraits des premiers évêques du diocèse : Mgr Prince, le fondateur, mort en 1860 et dont Bourassa n’avait qu’une petite photo pour modèle, Mgr Joseph Larocque qui s’était retiré au monastère des Sœurs du Précieux-Sang en 1866 à Saint-Hyacinthe, congrégation qu’il avait fondée en 1861 et bien sûr, Mgr Charles Larocque, son mécène, qui était alors l’évêque de Saint-Hyacinthe. 


Une fois ces portraits terminés à l'évéché, il dut se rendre au monastère du Précieux-Sang réaliser les portraits de Mère Aurélie Caouette, fondatrice de la communauté et de l’abbé Edouard Lecours, l’aumônier de la congrégation.


La popularité du peintre le conduisit aussi au Séminaire de Saint-Hyacinthe où il réalisa une dizaine de portraits : celui du supérieur de l’institution, l’abbé Isaac Désaulniers, celui de Mgr Sabin Raymond, des abbés J.O. Archambault, J.E. Lévesque, Maxime Piette, Durocher, Pépin, O’Donnell, Chartier et du Chanoine Beauregard.


Chez les Dessaulles
Bourassa pendant son travail à Saint-Hyacinthe demeurait chez Casimir Dessaulles, le cousin de sa femme. Sa famille demeurait à Montréal, dans la maison de la rue du Champ-de-Mars. Il allait souvent lui écrire où la rencontrer. En même temps, il s’occupait aussi de son chantier à Montebello et de sa nouvelle maison sur la rue Saint-Denis qu’il devait construire à l’été.


Au printemps, sa femme et deux de ses enfants viennent le retrouver à Saint-Hyacinthe où ils s’installent dans un logement. Le travail commencé dans les derniers mois de 1867 se termina à l’été 1868. La famille du peintre retourna alors à Montebello passer les vacances selon la tradition et Bourassa resta à s’occuper de sa maison à Montréal.


Cette année fut pour lui et sa famille une des meilleures. La commande de Saint-Hyacinthe et l’hospitalité de la ville firent sûrement époque dans sa vie.


(1) Gérard Morisset. La peinture traditionnelle au Canada-Français, CLF, Ottawa, 1960, p. 162.
(2) N.B. à Azélie Papineau, Saint-Hyacinthe, 15 fév. 1868, AFB.


Photo: Portrait de l'abbé Isaac Désaulniers en 1868.
Souce: Coll. Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe

Cet article est le deuxième d'une série de cinq.

<< Article 1                        Article 3 >>