Napoléon Bourassa et ses réalisations
à Saint-Hyacinthe (1)


Par Jean-Noël Dion
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 18 mars 1981


Cette chronique a pour but de faire connaître davantage les réalisations de Napoléon Bourassa à Saint-Hyacinthe ; ville fort hospitalière en son endroit puisqu’il y comptait plusieurs parents et amis, les Dessaulles entre autres, et tout aussi généreuse, considérant les commandes qu’elle a su lui adresser.


La vie et l’œuvre
Napoléon Bourassa est né à L’Acadie comté de Saint-Jean, en octobre 1827. Il est le cadet d’une famille de six enfants dont le père est commerçant. Il fait ses études primaires aux établissements scolaires du village, de 1834 jusqu’en 1840, année où il fait son entrée au Petit Séminaire de Montréal. Là, il est initié aux Arts par un sulpicien M. Barbarin, puis fait des études en droit selon la volonté de son père, cours qu’il ne terminera cependant pas. Âgé de vingt-deux ans et passionné de peinture, il ira étudier chez le peintre Théophile Hamel où il apprendra à exécuter le portrait et à réaliser des tableaux d’inspiration religieuse. En 1852, poussé par Hamel et l’abbé Charles Larocque, ami de la famille Bourassa, il entreprend un voyage en Europe afin de compléter sa formation. Il séjourne à Paris, à Florence puis à Rome, où il visite galeries et églises et où il rencontre Oberbeck, le célèbre peintre de l’école mystique qui exercera une très grande influence sur sa démarche picturale.


Un talent mis en veilleuse
Après son retour d’Europe en 1855, Bourassa est enfin prêt à entreprendre une carrière de peintre-décorateur. La peinture murale l’intéresse davantage, malheureusement, le travail se fait de plus en plus rare dans ce domaine. Aussi les quinze années qui suivront seront difficiles. La chance de voir exprimer son véritable talent ne vient pas. Il épouse en 1857 la fille de Louis-Joseph Papineau de Montebello, seigneur de la Petite-Nation, célèbre tribun et patriote, Azélie Papineau avec qui il aura cinq enfants, dont Henri qui deviendra l’un des plus grands journalistes et homme politique de son temps. Ce mariage agrandit le cercle des relations. Les Papineau et leurs amis contribueront à le faire connaître. 


Il débute par le portrait qu’il n’affectionne pas particulièrement. Puis il s’occupe à divers métiers. Il est professeur de dessin à l’École Normale Jacques-Cartier où il inaugure un cours d’art (1861), de même qu’au Collège Sainte-Marie à Montréal (1865) et à la Société des Artisans Canadiens-français (1866). Il donne plusieurs conférences sur l’Art italien, se fait journaliste et écrivain (1864-1870) : à la tête de « La Revue canadienne » qu’il fonde avec des amis et où il joue un rôle de critique littéraire et où il écrit en feuilleton, un roman historique, « Jacques et Marie » (1864-1865), sur la déportation acadienne. Ce roman demeure l’un des meilleurs en son genre dans le XIXe siècle québécois. Il décide aussi avec l’accord de son beau-père de faire une coupe de bois dans la seigneurie de la région de l’Outaouais. Entreprise à laquelle il se consacrera pendant quelques années
(1867-1868) et qui lui sera profitable à lui et à sa famille.


La peinture murale
Les vingt prochaines années lui seront davantage bénéfiques au plan de sa carrière. Quatre commandes de décorations murales lui sont offertes : la décoration de la Chapelle de Nazareth à Montréal (1870-1871), édifice qui sera détruit dans les années soixante pour permettre la construction de la Place des Arts (quelques panneaux décoratifs ont pu être sauvés et sont exposés aujourd’hui au Musée de l’Oratoire Saint-Joseph), une murale à la Cathédrale de Saint-Jean-sur-Richelieu (1872), la construction et la décoration de la Chapelle Notre-Dame-de-Lourdes de Montréal (1872-1880) et la décoration intérieure de la Cathédrale de Saint-Hyacinthe (1885-1893), projet malheureusement laissé à l’état d’ébauches et d’esquisses, plusieurs difficultés en ayant empêché la réalisation.


Mais si ces commandes lui permettent de réaliser son talent et lui procurent beaucoup d’enthousiasme, d’autres événements viennent entraver son désir de peindre. La mort de sa femme qui survient en 1869, alors qu’elle était âgée seulement de trente-cinq ans, l’oblige à s’occuper plus particulièrement de ses cinq enfants. Également, la mort de Papineau deux ans plus tard, l’entraîne à régler une partie de la succession et à gérer une partie des lots dans la seigneurie. Dans les années, où il n’a pas de commande, il accepte un voyage en Europe où il est chargé par le gouvernement d’aller enquêter sur la façon d’établir une école d’Art et Métiers (1877). De retour, il continue à écrire et doit souvent substituer son véritable travail à d’autres occupations.


L’activité architecturale
En 1890, Napoléon Bourassa a soixante-trois ans et dorénavant, il se consacrera à l’architecture. Il réalisera les plans pour la façade du couvent des Pères Dominicains à Saint-Hyacinthe (1890-1892), pour l’église de Mont-Bello (1894-1895) et enfin pour l’église de Fall River aux États-Unis (1892-1894). Puis bientôt la vieillesse se faisant sentir, il se retire avec sa fille à l’Institut de Sourdes-Muettes où il continue à peindre encore un peu et à voyager.


En 1916, âgé de quatre-vingt-neuf ans, l’artiste meurt à Lachenaie chez son fils Henri, sans doute un peu déçu de sa vie pendant laquelle il n’a pu se consacrer uniquement à une activité (tout obligé d’exercer plusieurs métiers pour subvenir aux besoins de sa famille devant le peu de commandes et le désintéressement des gens de son époque), déçu, mais quand même heureux d’avoir été un des rares en son temps à promouvoir les Arts et la littérature au Canada.


Photo : Napoleon Bourassa et sa femme, Azélie Papineau 
Source: Bibliothèque et Archives Canada/MIKAN 3356092

Cet article est le premier d’une série de cinq.


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