Napoléon Bourassa et ses réalisations
à Saint-Hyacinthe (3)


Par Jean-Noël Dion
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 1er avril 1981


La chapelle du Couvent de La Présentation de Marie
Trois raisons peuvent être évoquées pour comprendre le fait que les religieuses de la Présentation de Marie aient demandé à Bourassa d’ériger la chapelle de leur couvent. La première, d’ordre artistique, parce qu’elles connaissaient la grande notoriété du peintre-architecte dans le domaine des Arts au niveau de la province. La deuxième, parce que Bourassa avait une nièce, religieuse à cette congrégation même (Sr Marie de l’Incarnation qui fit ses vœux en 1864, née Alphonsine Demers, fille de René Demers et de Domitille Bourassa, sœur de l’artiste) et que les autorités de l’Institution avaient pour principe d’encourager la famille proche des membres de la communauté avant toute autre, si elle pouvait répondre à leurs besoins, selon le cas. La troisième, de niveau d’ordre parental, parce que Bourassa avait mis au pensionnat des religieuses de la Présentation ses trois filles, Augustine, en 1872, Henriette et Adine en 1874, afin qu’elles y poursuivent des études secondaires et y entreprennent leur cours classique.


Autant de motivations donc, pour les religieuses qui décident de miser sur Bourassa afin qu’il entreprenne le décor et les plans de la chapelle.


Le couvent
Fondé en 1816, par le curé Girouard, pour les sœurs de la Congrégation Notre-Dame, le couvent passa en 1858 sous la direction des sœurs de la Présentation de Marie venues à Saint-Hyacinthe sur l’invitation de Mgr Prince, premier évêque. Ce couvent, comprenait une école et un noviciat. Évidemment, l’exiguïté des locaux due à l’accroissement de la communauté et de la population étudiante ne mit pas de temps à se faire sentir. Aussi, les
religieuses décidèrent-elles de pallier à la situation en faisant construire une maison de pierres davantage fonctionnelle, rue Girouard, laquelle pourrait servir de maison-mère et abriter, à la fois le noviciat et un pensionnat, sans être à la gêne.


La construction de l’édifice débuta en 1873 et se termina trois ans plus tard. Le premier couvent, surnommé à ses débuts maison « Notre-Dame de Lorette » faisait donc place au collège Saint-Maurice.


Restait maintenant une chapelle à ériger à l’intérieur de l’imposant édifice, Napoléon Bourassa fut appelé, selon les raisons ci-haut mentionnées pour en déterminer l’architecture et le décor. Il dut commencer les travaux en 1876 pour les terminer au début de l’été 1880 puisque la bénédiction de la chapelle se fit en juillet de la même année par Mgr Moreau.


Le décor
Bien que plusieurs transformations ont été entreprises à la chapelle, il n’en demeure pas moins que l’on peut encore aujourd’hui retrouver plusieurs éléments originaux du décor et de l’architecture conçus par Bourassa à l’époque. Notamment, les magnifiques plafonds à caissons sculptés de la nef ainsi que les fenêtres jumelées de style roman, si particuliers aux compositions de l’artiste. Quant au chœur de la chapelle, il a subi plusieurs modifications lorsqu’on y pratiqua une ouverture à l’est pour y intégrer la chapelle des élèves en 1907, et au nord, et à l’ouest, pour y joindre la chapelle de l’infirmerie en 1922. Les autels latéraux ainsi que le grand autel ont disparu lors de l’avènement de la liturgie nouvelle dans les années soixante pour être remplacés par une table centrale donnant sur les trois chapelles.


Il reste donc peu d’éléments du chœur primitif, soulignons tout de même que les autorités tinrent à respecter le style de l’architecture bourassienne et à l’altérer le moins possible à travers tous ces changements.


La grotte Notre-Dame-de-Lourdes
Au temps où Bourassa s’occupait de la chapelle du couvent, il terminait aussi son projet de l’église Notre-Dame de Lourdes à Montréal. Profondément religieux qu’il était et peut-être hanté par le miracle de Lourdes, il décida de mouler deux statues, l’une de la Vierge, l’autre de Bernadette aux fins de les donner aux religieuses de la Présentation de Marie qui s’étaient occupées de ses filles durant les années de leur éducation et particulièrement d’Henriette lorsqu’elle contracta une grave maladie en 1879. (1) Une fois le cadeau reçu, la Supérieure voulut élever un monument à Notre-Dame-de-Lourdes, ce qui se réalisa en juin 1882 où une grotte fut simulée à la salle de musique qui avait servi autrefois de chapelle, dans laquelle on y installa les deux moulages.


On peut voir encore aujourd’hui ce décor au même endroit. N’ajoutons qu’une critique sur ces statues : la Vierge, a l’air compassée et disproportionnée, semble moins une réussite malgré tout son galbe, à côté de Bernadette au visage pur et aux yeux attentifs.


Note :
(1) N.B. à l’une de ses filles, Mtl, 6 fév. 1879, Annales 4, p. 441, Archives de la Présentation de Marie. 


Photo: Chapelle de la communauté. Oeuvre de Bourassa inaugurée le 16 juillet 1880.
Source: Échos d'un centenaire 1838-1938.


Cet article est le troisième d’une série de cinq


<< Article 2                                       Article 4 >>