Napoléon Bourassa et ses réalisations
à Saint-Hyacinthe (4)


Par Jean-Noël Dion
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 8 avril 1981


La peinture murale
Napoléon Bourassa s’intéressait avant tout à la peinture murale. Cette forme d’expression lui semblait la seule où il pouvait mettre ses théories en pratique. On sait qu’Overbeck (1789-1869) avait influencé Bourassa dans sa conception de la peinture lors de son premier voyage en Europe. Ce peintre de la banlieue de Rome, moine, offrait son talent au service de la foi. Il exécutait de grandes peintures pour ranimer la ferveur du peuple tout en évitant de tomber dans la sensualité et la spontanéité. Il cherchait à atteindre la perfection plastique par le travail rigoureux et savant tout en dosant les couleurs.


Un autre peintre, français celui-là, l’influença aussi : Hyppolite Flandrin (1808-1864). Il ira voir de ses œuvres à Paris, Nîmes et Lyon. La théorie de cet artiste semble de la même veine que celle d’Overbeck : rigueur, clarté, retenue, bien qu’au niveau des couleurs, Flandrin emploie des tons plus pâles et au niveau des ombres, ils ne les accentuent que très rarement.


Bourassa a donc suivi les conseils de ces maîtres. Quand ses premières commandes de décoration arrivent, vingt ans plus tard, il n’a rien perdu de ces théories. Il décore la Chapelle de Nazareth, rue Sainte-Catherine et produit les plans et la décoration de l’Église Notre-Dame de Lourdes, à Verdun en traduisant la même rigueur et en cherchant à appliquer le même symbolisme que ces deux peintres européens.


La Cathédrale de Saint-Hyacinthe (1885-1893)
On sait que la Cathédrale de Saint-Hyacinthe actuelle fut érigée à la demande de Mgr Moreau, quatrième évêque du diocèse. Elle fut construite pour remplacer la précédente qui se trouvait sur le site de l’ancien hôpital Saint-Charles.


C’est en octobre 1877 que les syndics accordent le contrat au coût de 50 000 $. Les plans et les devis sont faits par l’architecte Adolphe Lévesque, le même qui aide malencontreusement Bourassa à la construction de son église de Notre-Dame de Lourdes. (1)


Les travaux commencèrent au printemps 1878 et se terminèrent en 1880. La bénédiction du temple se fit en juillet. Restait toutefois la décoration intérieure à entreprendre. Bourassa qui n’était pas un inconnu pour le clergé de Saint-Hyacinthe se vit confier l’opération. Mgr Gravel, grand vicaire du diocèse lui écrit le 1 août 1885 : « Voulez-vous bien vous charger de préparer des plans pour l’intérieur de notre cathédrale ? Si oui, je vous offre le vaisseau de l’Église tel qu’il est ; et je vous demande d’y ajouter, retrancher et altérer tout ce que vous trouverez bon, pour arriver à nous faire un intérieur convenable au point de vue de l’Art ? » (2)


L’artiste ne mit pas de temps à rendre une réponse positive puisque le 10 août, il envoya au prêtre une lettre disant qu’il prenait en main le projet et qu’il pourrait même le terminer pour le mois de mai 1888. (3) 


Bourassa dut donc se rendre à Saint-Hyacinthe constater l’état des lieux.


En 1886, il suggère à l’architecte de faire quelques modifications jugées essentielles dans la structure de l’édifice afin de pouvoir mieux harmoniser les murales au décor. (4)


Le projet se résume à exécuter un ensemble de 18 tableaux représentant les faits marquants de la vie de Saint-Hyacinthe (1200-1256) à concevoir les autels, la chaire, enfin tout le décor du chœur, de la voûte, des transepts et de la nef. Un travail considérable qui doit forcer le décorateur à faire beaucoup d’efforts et de recherches, enfin d’être en pleine possession de toutes ses ressources.


En avril 1888, les esquisses sont pour la plupart complétées, mais des problèmes de structure apparaissent. On doit consolider la charpente de l’église. Bourassa doit donc attendre. Quelques mois plus tard, il entreprend un voyage en Europe avec sa fille où il doit rencontrer Augustine en Italie, son autre fille. Il y séjournera près d’une année de juin 1888 à juillet 1889. C’est là bien sûr, une occasion rêvée pour l’artiste, d’aller voir les dernières nouveautés artistiques et aussi de trouver des idées afin de poursuivre les esquisses et la décoration de la Cathédrale.


À son retour, il revient à Saint-Hyacinthe reprendre contact avec l’Abbé Gravel. Malheureusement, l’église n’est pas encore prête pour la décoration, il faut refaire une nouvelle toiture à la cathédrale, construite il y a à peine dix ans. De nouveau, Bourassa se voit forcé d’entreprendre d’autres activités ; le projet de Saint-Hyacinthe étant encore retardé.


Un peu d’espoir lui est par contre donné en février 1891 par l’Abbé Gravel qui lui envoie 200 $. pour certaines esquisses tout en laissant entendre que les travaux seront repris sous peu. (5)


Au cours de l’été 1891, le Père Antonin Plessis du couvent des Dominicains à Saint-Hyacinthe lui offre du travail. Il l’invite à faire les plans et devis du monastère sur la rue Girouard. Bourassa ne se fait guère prier. En novembre, il quitte Montebello pour Saint-Hyacinthe et s’installe chez les cousins Dessaulles. Il ouvre même un atelier dans un ancien bureau d’avocat où il pourra travailler sérieusement aux projets de la cathédrale qu’il n’a pas abandonnés et à celui du monastère des Dominicains.


Saint-Hyacinthe lui paraît une « bonne petite ville » où « l’on rencontre bien des gens intelligents et aimables pour agrémenter les heures de loisir... » (6) Le peintre demeurera plus de cinq ans dans la localité.


Photo: Saint-Hyacinthe prend l'habit avec ses compagnons des mains de Saint-Dominique. Projet de décoration de la Cathédrale de Saint-Hyacinthe.
Source: Page couverture du live 150 ans de vie ecclésiastique. Le Diocèse de Saint-Hyacinthe 1852-2002

Notes
(1) C.P. Choquette, Histoire de la ville de Saint-Hyacinthe, 1930, p. 342.
(2) Lettre à Mgr Gravel à N.B., 1 août 1885. Archives Famille Bourassa.
(3) N.B. à Mgr Gravel, 10 août 1885, AFB.
(4) Roger Lemoine, N. Bourassa, l’homme et l’artiste. Ed. Université d’Ottawa, 1974, p. 144.
(5) Anne Bourassa, N. Bourassa. Montréal, 1968, p. 36.
(6) N.B. à Adine Bourassa, novembre 1891, in Lettres d’un artiste canadien. Napoléon Bourassa, Desclée et Brouwer et Cie, Bruges, 1929, p. 374.


Cet article est le quatrième d’une série de cinq.


<< Article 3                                       Article 5 >>