Noël au centre-ville de Saint-Hyacinthe
au cours des années 1950 (1)


Par Paul Foisy
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 17 décembre 2015


Depuis environ un an (en 2015), nous nous intéressons à l’histoire des activités entourant la fête de Noël au centre-ville de Saint-Hyacinthe. L’affaire a commencé au mois de novembre 2014 alors qu’on attirait notre attention sur le Fonds d’archives de Raymond Bélanger qui a été photographe pour le journal Le Courrier pendant plusieurs années. Nous avons alors découvert avec stupéfaction quelques photos montrant des paysages urbains décorés pour la période des Fêtes. Nous avons alors réalisé une petite exposition virtuelle nommée le « Festival du commerce », présentant une douzaine de ces clichés réalisés vers 1957.


Puis, cette année (en 2015), les organisateurs de l’évènement « La Magie de Noël » nous ont demandé des photographies concernant les défilés du Père Noël au centre-ville de Saint-Hyacinthe. Il n’en fallait pas plus pour réactiver notre intérêt pour découvrir de quelle façon la communauté maskoutaine préparait les célébrations de Noël au centre-ville. La présente série de trois articles a pour but de répondre à ces questions : à Saint-Hyacinthe, comment le phénomène a-t-il débuté, qui en étaient les organisateurs et de quelles façons les célébrations ont-elles évolué au cours de la décennie 1950?


Le personnage du Père Noël
Si la fête de Noël apporte son lot de traditions et de coutumes, il faut noter que le personnage du Père Noël est possiblement un des éléments les plus forts de l’allégorie entourant les célébrations de fin d’année. Laissons le sociologue Jean-Philippe Warren nous entretenir du joyeux personnage : « Arrivé au Québec vers 1880 sous le nom de Santa Claus, le bonhomme ventru à la longue barbe argentée subira les foudres des autorités catholiques – qui le considèrent trop protestant —, des ligueurs nationalistes canadiens-français – qui le trouvent trop anglais – et des partisans impérialistes – qui, durant la Première Guerre mondiale, jugent ce personnage teuton traître à la patrie. Il sera donc rebaptisé, au début du siècle, du nom bien français de père Noël, non sans avoir flirté pendant un certain temps avec les surnoms de saint Nicolas, de Kris Kringle, de petit Noël et de bonhomme Noël ».


Ainsi donc le bonhomme Noël n’a pas toujours été le bienvenu chez les Canadiens français. Intéressant. Mais cette époque est révolue et, peu à peu, le visage du Père Noël participe à la commercialisation de la fête de Noël.


À Saint-Hyacinthe, on aperçoit son image dans les journaux maskoutains aux débuts des années 1930. Par exemple, le 22 décembre 1933, le journal Le Clairon publie une annonce de la compagnie Southern Canada Power qui proclame « Donnez un appareil électrique ». Cette publicité est illustrée d’une toute petite image du Père Noël qui fait un signe de la main. C’est la seule illustration du Père Noël que nous avons retrouvé dans cette édition du Clairon. Cinq ans plus tard, le 16 décembre 1938, Le Clairon publie au centre de sa page une, un dessin du visage du Père Noël qui couvre près un quart de page.


Si le joufflu personnage prend de l’importance et apparait de plus en plus régulièrement dans les réclames publiées dans les journaux locaux à la fin des années 1930 et au début des années 1940, il faut attendre les années d’après-guerre pour qu’enfin le vieux bonhomme prenne vie.


C’est en décembre 1947 qu’il apparait en public pour la première fois à Saint-Hyacinthe. Une publicité de la quincaillerie A. Blondin Limitée, publiée dans le journal Le Clairon du 5 décembre 1947, nous apprend que le Père Noël arrivera à Saint-Hyacinthe, par train, le vendredi 12 décembre, et qu’il débarquera à la gare du Canadien National à 6 h 50. Par la suite, il sera présent au magasin tous les jours jusqu’à Noël. L’annonce transmet également l’information que cette entreprise a formé un club de Noël dont les avantages demeurent encore inconnus aujourd’hui.


Lors des deux années suivantes, en 1948 et 1949, le Père Noël est accueilli de la même façon et il s’installe pour quelques semaines « dans sa ville de jouet », située au troisième étage de A. Blondin Ltée qui est situé au 1312 des Cascades où se trouve actuellement la seule épicerie du centre-ville. En 1949, les enfants qui veulent rencontrer le Père Noël reçoivent tous un cadeau. Preuve que la commercialisation du bonhomme est bien entamée, il leur faudra d’abord débourser la somme de 10, 25 ou même de 50 sous pour accéder au royaume.


En 1950, les activités entourant la fête de Noël prendront de l’envergure. Nous le verrons dans le prochain article.


Photo :
Publicité de A. Blondin Ltée annonçant la présence du Père Noël. Le Clairon, 2 décembre 1949.


Cet article est le premier d'une série de trois.
                                     
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