Notes d’histoire de Saint-Hyacinthe (9)


Par Luc Cordeau
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 25 avril 2007.


L’Académie Prince
«On annonce, pour le 27 de ce mois, l’ouverture officielle de l’Académie Prince [rénovée, rue Concorde, angle Saint-Antoine]. L’évêque de Saint-Hyacinthe, l’honorable Surintendant de l’Instruction Publique, nos députés, monsieur le Supérieur du Séminaire et une foule de personnages de distinction, seront présents. On dit que la salle n’étant pas assez grande, on ne pourra admettre qu’un représentant, pour chaque famille qui envoie des enfants à l’école» (L’Union de St-Hyacinthe, jeudi le 20 janvier 1910). 


Jean.-Baptiste Blanchet, député
L’avocat Jean-Baptiste Blanchet devient député libéral du comté fédéral de Saint-Hyacinthe, lors de l’élection partielle du 16 février 1904. Cette élection était devenue nécessaire à la suite de la démission du député Michel-Esdras Bernier, nommé à la présidence de la Commission des Chemins de fer du Canada. Le règne de Blanchet n’a duré que six mois et demi.

Blanchet avait d’abord remporté la convention libérale dans le comté le mardi 2 février 1904, une convention qui aurait été difficile : «Le succès de la convention d’hier a non seulement désappointé les conservateurs qui escomptaient déjà le bénéfice d’une division chez leurs adversaires, mais surpris les libéraux eux-mêmes […]. Les partisans des divers aspirants à la candidature avaient suspendu l’espèce de lutte qu’ils soulevaient les uns contre les autres» (journal L’Union, St-Hyacinthe, 3 février 1904). Blanchet gagne l’élection par une majorité de 193 voix sur son rival conservateur Jean de La Broquerie Taché, notaire, journaliste, éditeur et propriétaire du journal Le Courrier de Saint-Hyacinthe, de 1902 à 1914. Selon le relevé du vote, paru dans le journal La Tribune de St-Hyacinthe, le vendredi 19 février 1904, Blanchet a remporté la majorité des votes dans seize des trente-six pôles électoraux du comté dont la presque totalité de ceux de la ville de Saint-Hyacinthe. Les conservateurs attribuaient leur faible défaite à la tempête de neige survenue le jour de l’élection empêchant ainsi plusieurs citoyens des campagnes d’aller voter (Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 17 février 1904).

Jean-Baptiste Blanchet, fils de Alexis Blanchet, cultivateur, et de Angèle Senay, de Saint-Pie, est né le 10 novembre 1852, et est baptisé le même jour à l’église de Saint-Damase. À l’âge de 16 ans, Jean-Baptiste quitte le Québec afin d’aller travailler aux États-Unis. Il entreprend ses études classiques en 1873, âgé de 22 ans, au Séminaire de Saint-Hyacinthe et au Collège Sainte-Marie-Monnoir, à Marieville, en 1875. Devenu avocat en 1883, il exerce sa profession à Saint-Hyacinthe avec des collègues à l’Étude Blanchet, Beauregard & Delage, au 167, rue Girouard, angle rue Saint-Denis, de nos jours, le 1555, rue Girouard (La Survivance).

Il a également été Procureur de la ville de Saint-Hyacinthe. Élu échevin du quartier numéro 3, le 31 juillet 1899, il remet sa démission le 1er février 1901. Candidat défait par 47 voix, aux élections provinciales de 1897, dans le comté de Bagot, il est un homme d’affaires averti qui a investit dans plusieurs manufactures en plus d’être un grand propriétaire foncier. En 1904, il était le président de la Société St-Jean-Baptiste de Saint-Hyacinthe.

Cet homme que l’on qualifiait de boute-en-train, et de travailleur infatigable, passait pour avoir des idées très avancées pour son époque. Dans ses mémoires, Télesphore-Damien Bouchard affirme que «Blanchet était un libre penseur à la tête du parti libéral dans la région». Après la messe du dimanche, bon nombre de l’élite libérale se réunissait chez Jean-Baptiste Blanchet afin de discuter de l’actualité.

Blanchet participait aux œuvres de charité. Bienfaiteur public, il était du nombre de ceux qui patronnèrent l’orphelinat de l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe. Dans son dernier testament, fait en juin 1900, il fait le legs d’un montant de 500$, pour le soulagement des pauvres de la ville de Saint-Hyacinthe (La Tribune, 16 septembre 1904). Blanchet apportait également un soutien à la jeunesse. En effet, il était président honoraire du Cercle Montcalm de Saint-Hyacinthe (La Tribune, 9 septembre 1904).

Le député Jean-Baptiste Blanchet, âgé de 51 ans, est décédé le 31 août 1904, dans un accident ferroviaire à Richmond, dans les Cantons-deL’Est. Il a laissé dans le deuil, sa femme, madame Agnès Logan, qu’il avait épousé à Saint-Hyacinthe, le 22 novembre 1887. Les funérailles eurent lieu à la cathédrale de Saint-Hyacinthe, le samedi 3 septembre 1904. «Près de 600 personnes assistaient à la levée du corps de feu Jean-Baptiste Blanchet. Le cortège a laissé la demeure de monsieur Blanchet, 8 rue Rosalie [de nos jours, le 800, rue Hôtel-de-Ville], vers neuf heures et quart. Il a défilé par les rues Rosalie, Girouard, Mondor, Cascades et Saint-Hyacinthe [rue Hôtel-Dieu], jusqu’à la cathédrale. Une pluie abondante tombait continuellement. Le deuil était conduit [notamment] par messieurs Alexis et Thaddée Blanchet, ses frères» (L’Union, 3 septembre 1904). Le défunt a été inhumé à Saint-Hyacinthe, au cimetière de la cathédrale.


Photo:
Académie Prince, vers 1910. B. J. Hébert, photographe.
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH085

Cet article est le neuvième d'une longue série.

Notes d'histoire de Saint-Hyacinthe (8)
Notes d'histoire de Saint-Hyacinthe  (10)