Notre Hôtel de ville, cette ancienne Hostellerie!


Par Camille Madore
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 22 décembre 1976


Le 9 mai 1895, monsieur J.-E. Perrault, propriétaire de l’hôtel Yamaska, situé à l’ange des rues Girouard et Laframboise, décida de faire construire un nouvel édifice pour ajouter à son modeste petit hôtel de brique.


Il avait vu grand, puisque les plans, qui furent établis par monsieur J.-A. Chaussé, architecte de Montréal, prévoyaient que cette bâtisse, qui sera dotée d’un revêtement de pierres de taille, comportera deux étages, en plus du rez-de-chaussée, sera beaucoup plus importante que l’autre.


Les travaux furent exécutés par Arbour & frère, entrepreneurs généraux, à l’exception de la menuiserie, qui fut confiée à monsieur L.-P. Morin de cette ville. Le tout fut terminé à la fin de novembre 1895 puisqu’on lit dans L’Union que le dôme érigé au sud-ouest de la bâtisse par monsieur C. Pagnuelo fut illuminé pour la première fois le 19 décembre 1895.


Deux ans et demi après, en mars 1898, le même monsieur C. Pagnuelo, qui avait été nommé par la Cour gardien de l’immeuble, lequel demeurera cependant ouvert comme par le passé, se porta acquéreur de cette partie de l’hôtel vendue à l’enchère. Puis, en novembre 1899, cet établissement fut doté d’un bon restaurant et c’est là que le vingt du même mois, un banquet fut offert à monsieur Émile Marin (le futur magistrat) à l’occasion de son prochain mariage.


C’est encore au restaurant du même hôtel que le 15 juin 1900, les amis de monsieur l’avocat et de madame J.-Bte Blanchet, futur député de Saint-Hyacinthe aux Communes, se réunirent pour leur souhaiter bon voyage, lors de leur départ pour l’Europe.


Mais il appert que l’hôtellerie connut ensuite bien des vicissitudes. Elle changea de propriétaire et de gérant plusieurs fois et fut de nouveau vendue aux enchères. Cette fois, elle échut à monsieur Avila (ou Ovila) Perrault, agent du chemin de fer Pacifique Canadien à Saint-Joseph, qui acquit les deux immeubles qu’elle comportait, pour la somme de 20 185 $, dont 16 025 $ pour la nouvelle bâtisse de pierre, dont monsieur J.-E. Perrault, fut nommé gérant.


Revenu le 14 février 1907 à la Cie « Grand Union » aux prix de 18 000 $, cet établissement fut transformé en édifices à bureaux.


On y fit même aménager une salle de spectacle à laquelle on donna le nom d’Autoscope et dont on annonçait les représentations en plaçant, dans une des fenêtres du premier étage, l’immense pavillon d’un phonographe, qui diffusait de la musique dans la rue et que l’on pouvait entendre de fort loin.


J’ai assisté quelques fois, vers 1911, à ces séances de l’Autoscope où l’on projetait sur un écran, au moyen d’une lanterne magique, des images en couleurs, peintes sur des lamelles de verre et, comme les « vues fixes » de M. Perrault s’adressaient surtout aux enfants, j’associais dans mon jeune esprit, ce bon monsieur à l’auteur des célèbres Contes de ma mère l’Oye : Cendrillon, Peau d’âne, Petit Poucet, le Chat botté, etc.


Après avoir maintes fois changé de main, cette partie de l’hôtel Yamaska fut acquise par la Société d’assurance mutuelle l’Union Saint-Joseph de qui la municipalité de Saint-Hyacinthe l’a achetée en 1923, pour la somme de 30 000 $ afin d’en faire son Hôtel de Ville, dont l’inauguration officielle fut présidée le 24 octobre 1924 par l’honorable T.-D. Bouchard, alors maire de Saint-Hyacinthe, en présence d’environ deux cents invités.


Outre monsieur Bouchard, messieurs René Morin, ancien maire et ancien député de Saint-Hyacinthe aux Communes, Adélard Senécal, chanoine curé de la cathédrale, Mgr C.-P. Choquette, ex-Supérieur du Séminaire, adressèrent la parole lors de cette cérémonie ainsi que les maires des municipalités amies : Verdun, Outremont, Westmount et Drummondville, puis des dames et des demoiselles de la ville servirent un goûter aux invités.


Depuis cette époque, en vertu d’un règlement adopté conformément à une résolution du Conseil, en date du 30 avril 1934, il fut décidé d’utiliser les 10 000 dollars offerts à la ville par l’honorable sénateur Lawrence Wilson pour l’aménagement d’une bibliothèque municipale (ce qui lui valut d’être nommé citoyen honoraire de notre cité) et d’emprunter en plus quelque 9300 autres dollars afin de rénover la bâtisse et de faire ériger, sur l’emplacement de l’ancienne maison de Me Aimé Gendron où habitèrent aussi le Dr Gaston Lapierre et feu le notaire J.-S. Beaudet, une nouvelle addition dont les plans furent établis par monsieur G.-René Richer, architecte maskoutain bien connu. Cette rénovation et l’érection de cette addition, dont les travaux furent terminés en 1935, donnèrent à notre Hôtel de Ville le bel aspect que l’on peut admirer aujourd’hui.


Il n’y a pas très longtemps encore, l’on pouvait voir au dernier étage de notre édifice municipal, une bonne dizaine de chambres (vestiges des temps passés) dont les murs tendus de papier peint jaunis par le temps, les grosses poignées de porte de couleur noire ou brune, les petits enfoncements pratiqués dans les murs pour permettre d’y recevoir les cintres destinés à suspendre les vêtements des clients, tout cela évoquait encore l’époque où cette bâtisse n’était qu’une hôtellerie.


L’on y a aménagé maintenant autant de coquets et élégants bureaux pour loger le personnel des municipalités de Saint-Joseph, de la Providence et de Douville devenues dorénavant parties intégrantes du Grand Saint-Hyacinthe.


Quant à la vieille partie de l’Hôtel Yamaska (incidemment, c’est sur la véranda de cet hôtel, lors d’une assemblée politique, qu’Henri Bourassa, qui fut notre député à Québec de 1908 à 1912, eut maille à partir avec la bande du marché à foin), elle fut démolie en 1917 pour faire place au nouveau central de téléphone Bell dont l’inauguration eut lieu en juillet 1918.


Mais cette bâtisse elle-même, après avoir abrité les bureaux des Drs Pothier, Breton et autres, lorsque le Bell Téléphone l’eut quittée pour aller s’installer dans ses nouveaux locaux, coin Dessaulles et Hôtel-Dieu, fut à son tour acquise par la cité et devint elle aussi, une partie de l’Hôtel de Ville de Saint-Hyacinthe.


Photo : L'hôtel Yamaska vers 1900.
Collection Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe.
Sources documentaires : Journal L’Union de 1895 à 1911.