Ô CANADA


Par Raoul Bergeron
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 5 juillet 1994.


Saviez-vous que la musique du Ô Canada fut inspirée par les cascades maskoutaines?


Nous connaissons tous la controverse créée quant à l’à-propos de présenter ou pas l’hymne national du Canada avant la partie de baseball des Expos le 24 juin et qui s’insérait dans la programmation de la Fête Nationale. L’affaire fit la manchette des journaux et fut abondamment discutée sur les tribunes téléphoniques pendant une semaine.


Cet incident m’a amené à faire une recherche quant à l’origine et à l’historique du Ô Canada et qui devrait nous intéresser d’une façon bien spéciale, nous Maskoutains.

C’est en 1879 que l’abbé Napoléon Caron, alors professeur au petit Séminaire de Trois-Rivières, lança l’idée d’un concours en vue de la création d’un « chant national ».

Cette idée fut immédiatement retenue par la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec et un comité mis en place à cette fin. Je n’en suis pas absolument certain, mais je suis porté à croire que l’unique pièce née de ce concours aurait été celle de Calixa Lavallée.

Le Courrier de Saint-Hyacinthe du 22 avril 1880 citant le Canadien de Québec, écrivait : « Monsieur C. Lavallée a remis au comité de musique de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec le manuscrit du chant national qu’il avait été prié d’écrire pour la Fête du 24 juin prochain. Le président du comité, Ernest Gagnon, a accepté officiellement l’œuvre de Monsieur Lavallée et il a été convenu avec l’auteur qu’elle ne serait chantée ou exécutée nulle part avant la solennité du 24 juin. Les paroles du Chant national sont de l’honorable juge Adolphe-Basile Routhier ».

Cette fête du 24 juin 1880 attira des foules considérables venues de partout du Canada et des états de la Nouvelle-Angleterre. À elle seule, la ville de Fall River envoya sa fanfare et une délégation de plus de 500 personnes.

C’est au Pavillon des patineurs de Québec que fut joué pour la première fois le Ô Canada. Les fanfares de Fall River , Mass., de Beauport et du 9e bataillon des Voltigeurs de Québec formaient un ensemble de plus de cent musiciens sous la direction du compositeur lui-même.

Calixa Lavallée habita notre ville et était élève au Séminaire de Saint-Hyacinthe en 1852.

Quelque temps avant le 24 juin 1880, écrit Mgr Charles-Philippe Choquette : « nous le vîmes dans les rues de notre ville, musardant, pensif, comme à la poursuite d’un accord rebelle. La musique le hantait et pour éveiller des réminiscences, il donna dans la ville, au Séminaire, des concerts dont le souvenir fait revivre à merveille la figure souverainement inspirée, le jeu tumultueux de l’illustre Calixa ».

Les cascades maskoutaines ont véritablement inspiré la composition du Ô Canada.

Calixa Lavallée était attaché par toutes les fibres de son être au sol québécois, même s’il a vécu plusieurs années aux États-Unis et qu’il mourut à Boston en 1891.

Un passé plein de dévouement, de sacrifices et de patriotisme l’avait préparé au rôle de barde national.

Le Ô Canada fut adopté comme hymne national par le Gouvernement canadien en 1967 et approuvé officiellement par une Loi le 27 juin 1980. La version française est restée celle du juge Routhier, alors que la version anglaise la plus connue, est due à un enseignant de Toronto, Robert Stanley Weir.


Illustration
Dessin de Calixa Lavallée publié dans L’Opinion publique Vol. 4, no 11 (13 mars 1873).
BAnQ http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2070697