Saint-Hyacinthe diplomatique (I)


Par Gilles Guertin
​Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 29 novembre 1994.


Cet épisode débute au printemps 1882. Le conservateur John A. MacDonald guide le Canada depuis quatre ans déjà. Il sera à la tête du gouvernement jusqu’en 1891. Au Québec John James Ross, un autre conservateur, est au pouvoir. 


La population du Québec atteint 1 400,00 individus. Cinq mille quatre cents d’entre eux vivent à Saint-Hyacinthe.
La Révolution Industrielle qui prend son essor ici avec force, s’apprète à faire passer la ville d’une ère à une autre.
Le commerce de la région est florissant parce que les principales denrées d’exportation sont agricoles. La bonne terre produit à chaque année des surplus de céréales et de foin. 


Les acheteurs de chevaux de l’armée américaine sillonnent nos campagnes raflant des milliers de bêtes. Nos voisins ont un besoin d’accroissement que l’on peut facilement chiffrer.

Entre 1881 et 1890, ils accueillent plus de cinq millions d’immigrants. Quatre cent cinquante milles proviennent du Canada, dont cent cinquante milles canadiens français (11,3% de la population). Donc pendant que nous alimentons les usines de Lowell, nos chevaux creusaient leur propre tombe en aidant à construire le chemin de fer  qui allait les supplanter.

Les américains qui avaient à coeur leur propre développement désiraient qu’une harmonie commerciale règne dans leur région. L’exportation de leurs machineries et de produits finis atteignait des sommets à chaque bilan.
Au Canada, en plus, ils imposaient des tarifs douaniers préférentiels. Ils veillaient tellement bien sur leurs intérêts qu’ils finirent par faire accepter la présence d’agents commerciaux, puis de consuls dans la plupart des pays du monde.

En 1902, on sait qu’ils sont onze cents. Il y en a deux cent vingt-deux en Angleterre et cent-soixante-quinze au Canada. C’est montrer l’importance que les américains accordent à nos échanges mutuels. Seulement une partie de cet imposant corps diplomatique touche un salaire pour la charge qu’il exerce. On écrit que trois cents en vivent, que trois cents autres sont payés à la pièce et qu’il y en a cinq cents qui sont nommés à titre gracieux.

Saint-Hyacinthe ne fut pas la seule ville satellite à recevoir pareil ambassade. On sait qu’un tel phénomène se produisit à Sorel, Sherbrooke et Trois-Rivières où monsieur Belleau fut consul en 1893.


Mais venons en au mandat officiel qui leur était confié. Leur rôle se définit comme suit : “Agent qui a pour mission de protéger les intérêts politiques, commerciaux de son pays et d’assurer la sécurité de ses compatriotes à l’étranger.” Le 12 mai 1882 W.A. Warden est nommé agent commercial américain à Saint-Hyacinthe.
Il vient surveiller “l’exécution des lois fiscales américaines et les droits commerciaux des citoyens des États-Unis”.  Tout ce que l’on sait de lui, c’est qu’il fut en poste jusqu’au 24 août 1883. À cette date, il devient vice-consul général pour l’Île du Prince-Édouard. Il ne semble pas avoir été regretté à l’exemple de ceux qui vont le suivre.


Photo:
Sceau officiel des États-Unis d'Amérique. 
Source: Le Courrier de Saint-Hyacinthe, le 29 novembre 1994.


Cet article est le premier d'une série de deux.


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