Si Saint-Hyacinthe m’était conté (3)


Par Paul Foisy
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 26 février 2015

Lors du dernier article, je vous ai mentionné que Rigaud de Vaudreuil, le premier seigneur de Saint-Hyacinthe, était incapable de s’occuper de son fief et qu’il décide de s’en départir. Gilles Guertin, dans la chronique « Histoire d’ici », publiée dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 1er mars 1994, précise le moment de la vente : « Le 25 octobre 1753, devant les notaires Dulaurent & Sanguinet de Québec, François-Pierre Rigault de Vaudreuil, devenu entre-temps gouverneur des Trois-Rivières, cède da concession à un bourgeois de Québec, Jacques Hyacinthe Simon Delorme dit Lapointe. »

Mais quels sont précisément la grandeur et l’emplacement exact du lot concédé ? Hélène Hébert, dans le chapitre consacré à l’époque seigneuriale, publié dans le livre « Saint-Hyacinthe 1748-1998 », signale que d’après « une carte dressée en 1815 par l’arpenteur général du Bas-Canada, Joseph Bouchette, […] elle (la Seigneurie) couvre tout le territoire occupé aujourd’hui par la ville de Saint-Hyacinthe et par les municipalités de Saint-Hyacinthe-le-Confesseur, Sainte-Rosalie, Saint-Dominique, Notre-Dame-de-Saint-Hyacinthe, Saint-Pie, Saint-Césaire, L’Ange-Gardien, Rougemont, une partie de Saint-Paul-d’Abbotsford, Saint-Damase, Saint-Marie-Madeleine, Saint-Thomas-d’Aquin et La Présentation. »

En route vers la seigneurie
Monseigneur Charles-Philippe Choquette affirme dans son livre « Histoire de la Ville de Saint-Hyacinthe », publié en 1930, que Delorme était pourvoyeur de la marine du Roi. Il acheta le domaine « en considération de 666 dollars dont 300 payables à la signature du contrat. »

Le marchand de Québec viendra s’installer dans sa seigneurie en 1757 soit quatre ans après son achat, souligne Jeanne Daigle dans un article publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 17 avril 1974. Elle poursuit en écrivant que Delorme quitte ses fonctions à Québec et entreprend son périple qui le mènera dans sa seigneurie en 1754. Il remonte le Saint-Laurent jusqu’à l’embouchure de la Yamaska « où il pénétra au commencement de l’été 1754. Il s’arrêta alors à Saint-François-du-Lac et y entra en relation avec le seigneur de La Lusodière. » Il séjourne à cet endroit plusieurs mois le temps d’explorer la forêt (c’est un marchand de bois) et de prendre épouse ! En effet, le 25 février 1756, il se lie à Marie Josephte Joutras dit Desrosiers, fille de Jean-Baptiste Desrosiers, le seigneur de La Lusodière en question.

Un an plus tard, Delorme poursuit son odyssée en remontant le cours de la rivière Yamaska. Jeanne Daigle : « le nom de la rivière Yamaska, Ouabmasca, dans plusieurs actes de l’époque où il se présente de façon officielle dès 1678, signifie : « il y a des joncs au large. » Laissons monseigneur Choquette raconter le périple du jeune marié : « Voyageant en qualité de seigneur […], il monta à pied et en canot vers nos parages et s’arrêta en un point de notre Yamaska qu’il nomma « Rapide-plat », à quatre milles (6,4 km) de notre ville, à l’embouchure d’un petit cours d’eau portant encore aujourd’hui le nom de « Rivière Delorme ». Gilles Guertin poursuit : « Il semble qu’il ait été accompagné, en plus de son épouse, d’au moins six engagés dont voici les noms : Nicholas Pond dit Jolibois, Pierre Leclaire, Jean-Baptiste Lafond, Louis Ledoux, Amable Mayet et François Hubert. »

Êtes-vous parent avec ces premiers colons? Si vous voulez le découvrir, sachez que le Service de généalogie du Centre d’histoire est très actif ! On pourra sûrement vous aidez à voir si un de vos ancêtres étaient un des premiers habitants de la région !

Une présence amérindienne
Delorme construit sa première habitation près de la rivière Delorme. Mais est-il vraiment le premier à s’installer ici ? Nous avons tendance à oublier que nous ne sommes pas les premiers venus sur le continent.

En 1930, Monseigneur Choquette s’interroge  : « Les amérindiens connurent-ils nos forêts, nos rivières, soit par leurs chasses, soit par leurs expéditions guerrières ? » Bien des années plus tard, Jean-Noël Dion soulève la question dans un texte non-publié destiné au livre « Saint-Hyacinthe 1748-1998 ». Dans ce document conservé au Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, Jean-Noël affirme que la Yamaska était un lieu de passage. « Zone tampon entre les territoires mohawk et abénakis, visitée depuis plus de 6000 ans à cause des conflits inter-raciaux, la région de la Yamaska n’a connu vraisemblablement aucune occupation secondaire. » Pourtant, il termine son article en mentionnant que des recherches et des fouilles sérieuses pourraient « livrer une parcelle de l’histoire des Autochtones qui ont pu œuvrer ou séjourner dans notre région. »


Photo :
Statue de Jacques Hyacinthe Simon Delorme érigée en 1948 dans le cadre des fêtes du 200e anniversaire de Saint-Hyacinthe.
Coll. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe.

Cet article est le troisième d'une longue série.

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