T.-D. Bouchard : un acteur important de la culture sportive maskoutaine (3)


Par Paul Foisy
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 19 novembre 2003.


En 1930, la piscine n’est pas encore terminée et son achèvement devient un enjeu de la campagne électorale municipale. Harry Bernard, du Courrier de Saint-Hyacinthe, réclame du sang nouveau à l’hôtel de ville, jugeant ces dépenses exagérées. Dénonçant le fait que « M. Bouchard ne s’oublie jamais », Bernard attaque son ennemi sur le développement du quartier Bourg-Joli dans l’édition du 4 juillet 1930: « M. Bouchard a fait faire des rues, et entre autres artères le magnifique boulevard Laframboise. Seulement, le boulevard Laframboise est dans le Bourg-Joli, et les trois-quarts environ des terrains du Bourg-Joli, appartiennent à un syndicat dont M. Bouchard paraît être le gros morceau. […] M. Bouchard a construit la piscine de natation, mais dans le Bourg-Joli. […] M. Bouchard, dans l’administration municipale, sait ordonner les choses pour qu’elles ne nuisent pas à ses intérêts personnels.»

Le docteur J.L. Pagé, adversaire de Bouchard à la mairie, dénonce également les coûts exorbitants de la piscine et promet de la remplir de terre aussitôt élu. Selon Guy Mongrain, un des auteurs de Saint-Hyacinthe 1748-1998, « Pagé l’emporte de justesse, mais la majorité des conseillers du clan Bouchard sont élus. Le lendemain de l’élection, Pagé inaugure la piscine municipale tant décriée.» Quelques semaines plus tard, le Conseil municipal vote un montant de 8 500.00$ afin d’achever les travaux du pavillon et du terrain de la piscine !

Maintenant dotée d’une piscine, une des plus grandes au Canada, la ville de Saint-Hyacinthe affiche des airs de modernité. Afin de compléter l’aménagement du Parc Laframboise, il n’y manque qu’un aréna.


Le Stade municipal
Dans le but de mettre en place une politique d’amusements extérieurs gratuits, les membres du Conseil, sous l’influence de l’échevin Eugène Payan, un ancien joueur du Canadien de Montréal, décident d’aménager, dès l’hiver 1916, un « patinoir public » sur la place du Marché à foin. Pendant de nombreuses années, l’endroit est désigné sous le nom de « Patinoire Corona». (L’épouse et le dernier enfant du couple Bouchard, décédé prématurément en 1910, portaient le prénom de Corona. Le théâtre du député/maire porte également ce nom). Quelques années plus tard, une seconde patinoire publique est aménagée dans le quartier numéro cinq. Avec la popularité croissante du patinage et du hockey, les deux patinoires municipales ne suffisent plus à la demande.

Au début de l’année 1935, une nouvelle ligue senior, comprenant plusieurs villes du Québec, est en voie de formation pour la saison suivante. Malheureusement pour les Maskoutains, l’équipe locale, qui joue ses parties sur une patinoire extérieure, ne figure pas dans les plans de la nouvelle ligue. Les dirigeants du Club de Hockey Saint-Hyacinthe réagissent dans Le Clairon du 22 mars: « La direction du club local a formé l’ambition de doter notre ville d’un aréna.» Dès lors, des négociations avec les autorités municipales sont entreprises pour la construction d’un stade municipal.

L’équipe de rédaction du journal Le Clairon contribue fortement à convaincre la population de la nécessité du projet. Le 17 janvier 1936, à la page frontispice, on titre en très gros caractères : Qui est le meilleur joueur de hockey ?  « Fort de son leadership dans le domaine de l’information sportive et par l’entremise des ses contacts, Le Clairon organise une consultation populaire visant à déterminer le meilleur joueur de hockey de la région de Saint-Hyacinthe.» À la demande du Canadien de Montréal, le hockeyeur ayant obtenu le plus de votes est invité à participer à une partie regroupant les meilleurs joueurs amateurs de la province. Les responsables du hockey dans les autres villes désignent simplement le ou les joueurs les plus talentueux. À Saint-Hyacinthe, des efforts sont déployés afin de promouvoir le hockey et par le fait même, le besoin d’un stade se fait de plus en plus sentir.

L’année suivante, le projet se met en branle. Le 2 mai, une grande assemblée des amateurs de sport est convoquée dans la grande salle du Marché-Centre. T.-D. Bouchard, de nouveau au pouvoir depuis 1932, et plusieurs membres du Conseil assistent à l’assemblée. Le maire se dit en faveur de la construction d’un stade, d’autant plus que les finances de la municipalité le permettent.

On parle alors d’un coût de 75 000.00$ et de la possibilité d’obtenir certaines subventions. Afin d’obtenir l’argent provenant des ministères de l’agriculture, on indique que le stade pourrait être construit sur les terrains de la Société d'Agriculture, ce qui en permettrait son utilisation lors de l'exposition régionale. Le lendemain de cette assemblée, une requête favorisant la construction d'un aréna, signée par plusieurs milliers de citoyens, est déposée lors de la séance du Conseil.

Au cours de l'été 1937, la ville cède gratuitement à la Société d'Agriculture plusieurs lots qui doivent  être maintenus ouverts à la circulation publique, Cette cession est réalisée selon les conditions émises par T.-D. Bouchard, lors de la donation des ces lots à la municipalité en 1923. De plus, d’importants investissements sont réalisés afin d’améliorer le boulevard Laframboise, la piste de course, le terrain de baseball et les abords du terrain de l’exposition. Au total, un montant de 8 500.00$ est consacré à l’amélioration du Parc Laframboise qui est désormais prêt à accueillir le stade municipal.

Le 30 août, lors d’une séance spéciale du Conseil de la Cité de Saint-Hyacinthe, on adopte le règlement 510, décrétant, entre autres, la construction d’un stade sur les terrains de la Société d’Agriculture et ordonnant un emprunt et une émission d’obligations de 100 000.00$. Devant l’importance d’un tel projet, les contribuables-propriétaires sont appelés à se prononcer sur ce règlement lors d’un référendum tenu le 27 et 28 septembre.

Lors du prochain article, les résultats du vote et d’autres implications de Bouchard dans le monde du sport.

Photo:
L'extérieur du stade L.-P. Gaucher tel qu'il était  au cours des années 1970.
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.

Cet article est le troisième d'une série de quatre.

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