T.-D. Bouchard : un acteur important de la culture sportive maskoutaine (4)


Par Paul Foisy
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 26 novembre 2003.


Au cours des semaines précédant le scrutin, les promoteurs et les adversaires de la construction du stade ont maintes occasions de faire connaître leur point de vue sur la question. Le Courrier de Saint-Hyacinthe appelle les citoyens à voter contre le règlement 510. Parmi les arguments présentés, on déplore le fait qu’on ne s’assure pas de la participation des gouvernements supérieurs avant la construction.  On s’interroge également sur l’emplacement choisi, car les terrains de la Société d’Agriculture sont situés loin de la ville; on propose plutôt un parc situé au centre-ville. On remet aussi en question la construction d’un stade où il n’y a pas de système de glace artificielle.

Les promoteurs du projet, le député-maire Bouchard en tête, indiquent que la construction du stade répond à plusieurs besoins : donner à la jeunesse un endroit adéquat pour les sports, fournir à la Société d’Agriculture un bâtiment convenable pour répondre aux exigences de l’exposition régionale et finalement, procurer du travail en cette difficile période de crise économique. Dans une lettre circulaire, datée du 24 septembre 1937 et signée de la main du maire Bouchard, celui-ci affirme que « Le conseil municipal désire créer un autre bel édifice à Saint-Hyacinthe, un stade qui sera digne de l’esprit de progrès de notre population.»

Au-delà des besoins exprimés par les deux parties, la population maskoutaine est témoin d’une véritable lutte politique. Seulement 40% des contribuables-propriétaires participent à ce scrutin « ouvert ». Le projet est accepté dans une proportion de trois contre un. Le 28 septembre, en soirée, les vainqueurs défilent dans les rues de Saint-Hyacinthe. À la une du Clairon, dans sa livraison du 1er octobre, on publie les noms et adresses des propriétaires ayant voté contre le projet ! On ne manque pas d’écorcher au passage deux sportifs maskoutains qui figurent parmi la liste des opposants. La même journée, Harry Bernard commente le résultat du vote avec ironie dans les pages du Courrier: « Nous aurons donc notre stade, et au fin fond du Bourg-Joli. Ceux qui aiment la marche dans la neige, en hiver, pourront s’en donner à cœur joie. Quant aux autres, ils auront toujours la ressource de rester chez eux. Les terrains à vendre du Bourg-Joli, entre temps, jouiront d’une plus-value.»

Finalement, un système de fabrication de glace artificielle est aménagé et le coût total de la construction se situe à plus de 150 000.00$, soit deux fois plus que le coût initialement prévus. Par l’entremise de son député-maire, la ville obtient un octroi de 50 000.00$ du gouvernement provincial. L’endroit jouit rapidement d’une excellente réputation : pendant de nombreuses années, les Canadiens de Montréal y tiennent même leur camp pré-saison. Et que dire du succès de l’Exposition agricole de Saint-Hyacinthe !


Un acteur important de la culture sportive maskoutaine
Les quelques épisodes décrits précédemment, constituent des exemples marquant de l’importance de Bouchard dans le développement du sport et des loisirs à Saint-Hyacinthe. Au-delà d’un certain opportunisme, largement dénoncé par ses adversaires, Bouchard permet la réalisation des premiers efforts voués à la municipalisation des sports et des loisirs.

Mais en plus de ses actions politiques en faveur du sport, il soutient la mise sur pied d’organisations sportives auxquelles il accorde son patronage. Selon l’état actuel des recherches sur la culture sportive maskoutaine (en 2003), nous pouvons affirmer qu’il est le premier président du Club de Golf de Saint-Hyacinthe de 1929 à 1933. Il est également nommé président honoraire de l’Association des pêcheurs du Yamaska au cours des premières années d’existence de cet organisme. Année après année, il accorde son appui à l’Infatigable, un club de raquetteurs maskoutains. Il supporte financièrement le coureur Gérard Côté, un Maskoutain qui figure parmi les meilleurs athlètes amateurs au Canada.

Dans une petite ville de province comme Saint-Hyacinthe, les multiples actions du député/maire portent fruits : conjugués aux autres facteurs de développement du sport local, elles permettent une certaine démocratisation des pratiques dont le point de départ est le hockey. Les Maskoutains démontrent alors qu’ils peuvent s’adapter aux nouvelles réalités de la vie urbaine, où le sport est perçu comme un élément de sociabilité. Ils se montrent en faveur du progrès, ils veulent être de leur siècle, modernes. D’ailleurs cette image de modernité est largement présente dans les pages du journal Le Clairon à l’instar des pages sportives du journal Le Devoir d’Henri Bourassa. À l’opposé, les pages conservatrices du Courrier de Saint-Hyacinthe sont beaucoup plus discrètes en matière de sport.

Laissons les étudiants Bibeau et St-Germain conclure : « Bien peu se rappellent que Bouchard a contribué grandement à l’essor de la ville de Saint-Hyacinthe, qu’il a été un des principaux instigateurs au Québec de la « révolution tranquille » des années ’30, et qu’il a été un des plus fervents défenseurs de la promotion de la nation canadienne-française.»   


Photo:
Club de raquetteurs Les Infatigables dont Bouchard fit partie.
Studio B. J. Hébert. Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.

Cet article est le dernier d'une série de quatre.

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