Une excursion en train il y a 140 ans… (2)


Par Albert Rémillard
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 15 septembre 2016.


En réalité, c’était une reprise de la tentative, déjà amorcée en 1860, qui avait failli. L’intérêt porté à ce nouveau tronçon de rail s’est accru lorsqu’en octobre 1870, il fut décidé que le terminus du RD&ACR sur la ligne du Grand Tronc serait situé à Acton Vale, dans le comté de Bagot.

Les actions résiduelles du SER furent acquises en totalité par le CP, en 1887. Ce dernier exploita la ligne jusqu’en 1989, date à laquelle il abandonna toute activité ferroviaire sur ce tracé. La suite est une merveilleuse histoire de gens qui voulurent doter la région d’une infrastructure de loisirs familiaux axés vers le plein air et la nature et qui transformèrent l’emprise de la voie ferrée en piste cyclable.


Après cette mise en situation, voici la description de ce périple qui s'est déroulé principalement de Drummondville à Acton Vale. Le texte original a été transcrit intégralement.


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J’arrive d’une petite excursion à travers le comté de Drummond. J’ai même piqué une pointe jusqu’à Acton sur le chemin du Sud-Est qui est maintenant terminé.


S’il est vrai que rien n’est si beau que son pays, il doit être vrai qu’il n’y a rien de plus intéressant que d’en parler. Parlons en donc.

J’ai remarqué un progrès sensible dans la colonisation des cantons Windover, Simpson, Grantham et Wickham.

Cependant, si la population augmente, la forêt conserve encore un peu son aspect farouche des années primitives. L’industrie manufacturière et l’agriculture y sont négligées. Le commerce de bois comme ailleurs en est la cause. Beaucoup de cultivateurs s’aperçoivent qu’ils ont eu tort de négliger la culture de leur terre; qu’ils ne murmurent pas s’ils sont forcés maintenant d’y retourner. C’est pour leur bien!

Parti d’ici pour jouir en vrai touriste des agréments qu’on éprouve à voir du nouveau, je me rendis à Drummondville par Kingsey. Aux chutes de Kingsey, j’eus l’occasion de voir l’une des nombreuses victimes de la crise, dans la manufacture de papier des MM. Riddle. Cet établissement est fermé comme on sait par suite de la banqueroute de ses propriétaires. Quelques mille cordes de bois sont sur les lieux et noircissent au soleil. Ce bois est employé dans la confection même du papier.

À French Village, j’appris le départ prochain de messire Desaulniers, le curé. Toute la paroisse est douloureusement affectée de cette nouvelle et ne peut se faire à l’idée de voir partir le pasteur auquel les paroissiens sont attachés comme des enfants à un bon père.

Je longeai le St. François jusqu’à Drummondville. Ici je retrouvai le vieux village avec son vieux clocher et ses maisonnettes alignées. Il a conservé la physionomie qu’il avait il y a vingt ans. Le son d’une cloche me fit lever la tête; je découvris comme encadré dans la verdure le joli couvent où les sœurs de la Présentation enseignent aux jeunes filles. Il présente un beau coup d’œil, placé qu’il est entre les deux églises.

Dans la direction opposée se voyait la résidence du membre du comté, celui qui a si bien joué les conservateurs qu’ils n’ont plus la moindre envie de l’élire à la prochaine élection.

Pendant que je pense à l’inconstance de notre homme, j’entends la locomotive qui annonce son arrivée et les échos qui s’empressent de répéter ses cris stridents. Enfin, me dis-je, ce chemin de fer dont on a tant parlé, pour lequel on a tant payé est donc un fait accompli. J’étais heureux de pouvoir constater cela par moi-même, et de voir la satisfaction qu’éprouve le public, malgré toutes les tracasseries qu’on lui fait cependant subir, de se savoir un bonne fois en communication avec les grands centres par la vapeur.

Dès le lendemain, je prenais place sur le char qui conduisait M. Foster, le président de la Cie de Sorel à Acton, où j’allais moi-même. Ce monsieur était entouré de quelques hommes de son état-major, et ne parut pas s’apercevoir de notre présence ni de celle de nos amis. Du trajet, il n’ouvrit la bouche; on eut dit qu’il avait les lèvres cousues avec de la babiche. Je sus que le jour même, M. Sénécal, l’entrepreneur, avait fait saisir toute la ligne et, qu’avec ce procédé, il entendait permettre à la Cie de commencer de suite ses voyages réguliers tant pour les passagers que pour les marchandises. Je ne garantis rien, quoique ce soit bien à désirer.

Nous allons vingt-cinq milles à l’heure et toujours dans le bois jusqu’à Acton. Nous apercevons à mi-chemin un éclairci, c’est St. Jean de Wickham, où le convoi arrête pour permettre au curé de la nouvelle paroisse, le Rév. M. Paquin, de débarquer. À Acton j’appris que la Cie des mines devait recommencer prochainement ses opérations. Tant mieux!


Photo:
L'ancienne gare du Canadien Pacifique à Acton Vale.
Société d'histoire de la région d'Acton, FAH00-003-057.


Cet article est le deuxième d'une série de deux.


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