L'arrivée du froid et de la neige


Alors que pour certaines personnes les premières neiges sont synonymes de tracas – nécessité de pelleter, risque de blessure en glissant ou circulation au ralentie sur les routes enneigées – pour d’autres ces neiges sont plutôt l’occasion de pratiquer leurs activités préférées. Selon l’historien Godefroy Desrosiers-Lauzon, cette ambivalence face à la saison hivernale démontre l’importance de la nordicité dans la « définition des identités québécoise et canadienne ». À travers l’étude du phénomène migratoire hivernal, il démontre que les snowbirds sont loin d’être de mauvais patriotes : « Les snowbirds déploient leur appartenance nationale en Floride. Ils hissent leurs drapeaux, fréquentent des communautés regroupant leurs semblables, des clubs et commerces qui s’identifient comme " canadiens ", " québécois " ou " francophones ". Ce faisant, ils utilisent le vocabulaire symbolique national d’une façon active, créative ». Bref, la neige, l’hiver et le froid, loin de faire l’unanimité, composent notre réalité et définissent en partie qui nous sommes.



La station météorologique du Séminaire de Saint-Hyacinthe
Nous possédons au Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe un fonds d'archives concernant la station météorologique du Séminaire de Saint-Hyacinthe (CH099). Composé essentiellement de registres d’observations météorologiques (voir l'exemple ci-dessous), le fonds contient également des documents et des objets ayant été utilisés entre 1934 et 1979. Bien que les premiers efforts canadiens en météorologie remontent aux années 1840, c’est véritablement durant l’entre-deux-guerres que la discipline se développe. Ouverte vers 1892, la station météorologique du Séminaire est affiliée à l’origine avec le bureau central de l’Observatoire de Toronto. L’abbé Charles-Philippe Choquette, professeur de science au Séminaire, est l’instigateur de ce projet, qui se compose d’une girouette et d'un anémomètre reliés à un enregistreur pour connaître la direction et la vitesse du vent, d'un baromètre enregistreur traçant la courbe des variations atmosphériques, de thermomètres minima et maxima, d'un hydromètre et d'un pluviomètre. Même si les activités de cette station cessent en 1898, Choquette poursuit les opérations pour son propre plaisir durant les années qui suivent.

Il faut attendre en 1934 pour qu’un autre professeur de sciences prenne la relève. L’abbé François-Xavier Côté s’occupe alors des instruments fournis par le Bureau météorologique du ministère des Richesses naturelles du Québec – qui reconnaît officiellement la station météorologique du Séminaire. Deux fois par jour, à 8:00 et 18:00 heures, l'observateur recueille tous les renseignements selon le phénomène observé : orage, coup de vent, tornade, arc-en-ciel, pluie, neige, verglas, grésil, brume, brouillard, montée de la sève, éclatement des bourgeons, etc. Chaque lundi, ces renseignements sont envoyés au ministère des Ressources naturelles (section météorologie) et aux journaux Le Courrier de Saint-Hyacinthe et Le Clairon. Chaque mois, un rapport plus détaillé indique les températures minimales et maximales du mois, la quantité de précipitation tombée durant le mois et tout autre phénomène intéressant. Chaque année, un inspecteur du gouvernement vient vérifier l'état des instruments et fait les ajustements nécessaires. En l'absence de l'abbé Côté, c'est le portier du Séminaire qui fait la lecture des instruments (Léo Saint-Laurent à partir de 1948). En 1955, à la suite du décès de l'abbé Côté, l'abbé Georges-Albert Lanciault devient le responsable de la station, toujours assisté de M. Saint-Laurent. En 1966, Léo Saint-Laurent devient l'observateur en titre – poste qu’il quitte en 1979 pour cause de problèmes de santé. Cette situation met fin aux opérations de la station météorologique du Séminaire.




Photos :
1- CH548 Fonds Raymond Bélanger, photographe, S9/SS2/D1.
Travaux de déneigement au coin des rues Saint-Charles et Saint-Michel à La Providence en janvier 1976.

2- CH099 Fonds de la station météorologique du Séminaire de Saint-Hyacinthe.
Registre météorologique d’octobre et novembre 1936 de la station de Saint-Hyacinthe rédigé par l’abbé François-Xavier Côté. On y constate que, comme en 2018, la neige et le froid ne se sont pas fait attendre et se sont installés dès la mi-novembre.


Vincent Bernard, novembre 2018